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Quel est le montant de la commande publique en France ?
Combien pèse réellement la commande publique en France ? Le montant de la commande publique en France fait l'objet de chiffres très variés : 150 milliards, 200 milliards, 400 milliards…
Le chiffre officiel : 233,3 milliards d'euros de marchés publics notifiés en 2024, pour 223 383 contrats recensés. En intégrant les concessions et les marchés non déclarés, le montant réel approche les 400 milliards d'euros.
Le problème, c'est que jusqu'à récemment, personne ne disposait de données vraiment fiables. Les rapports se succédaient avec des méthodologies différentes, des périmètres flous et des chiffres difficiles à comparer.
Bonne nouvelle : l'Observatoire économique de la commande publique (OECP) vient de publier son recensement pour 2024. Et pour la première fois, ce rapport intègre l'ensemble des données essentielles de la commande publique (DECP) disponibles, ce qui change la donne en termes de périmètre et de fiabilité.
Dans cet article, vous allez découvrir :
- Le montant officiel de la commande publique en 2024 (et ce qu'il recouvre vraiment)
- Qui sont les acheteurs et comment se répartissent les marchés
- La place des PME et des centrales d'achat
- Ce que ces chiffres signifient concrètement pour votre activité
Commençons par le chiffre principal.
Le chiffre 2024 : 233,3 milliards d'euros
Le chiffre 2024 : 233,3 milliards d'euros, pour 223 383 marchés recensés.
C'est un chiffre en forte hausse par rapport à 2023 (170,7 Mds€), mais il faut comprendre comment il est construit avant de l'interpréter.
D'où viennent ces chiffres ? Un mot sur les DECP
Ces données sont issues des données essentielles de la commande publique (DECP), une série d'informations que chaque acheteur public est tenu de déclarer pour ses marchés notifiés (c'est-à-dire signés). Les DECP sont une mine d'or pour comprendre qui achète quoi et à qui. Mais elles ont mis du temps à se structurer.
La responsabilité de la publication des données incombe aux acheteurs. Or tous les acheteurs ne le font pas ou pas correctement, parfois par difficulté technique, parfois par manque de temps.
Par ailleurs, pour certains marchés (en particulier les accords-cadres), l'acheteur ne connaît pas le montant exact des sommes qui seront dépensées. Il ne peut fournir qu'un montant estimatif (donc l'estimation doit être réaliste).
Ainsi, l'OECP procède à un retraitement statistique avant exploitation pour le recensement (ce qui explique, au moins en partie, pourquoi le recensement n'est publié qu'en année n+2).
Ce que couvrent les 233 milliards
Le chiffre de 233 milliards n'est pas une vision parfaite. Il faut savoir ce qui est inclus et ce qui ne l'est pas.
Ce qui est inclus :
- Les marchés publics notifiés en 2024
- Les marchés d'un montant égal ou supérieur à 40 000 € HT
- Les marchés de défense et de sécurité (intégrés pour la première fois, pour un montant de 38,5 Mds€). Ces marchés bénéficient de procédures spécifiques de publicité et de mise en concurrence, du fait de leur objet particulier
Ce que ce chiffre ne couvre pas :
- Les concessions, alors que le montant de ces contrats touchant aux transports, à l'eau, à l'énergie sont très élevés (voir article)
- Les marchés inférieurs à 40 000 € HT (sauf publication volontaire par l'acheteur)
- Les marchés supérieurs à 40 000 € HT mais dont l'acheteur a omis la publication des DECP
💡 À noter : le seuil de 40 000 € HT mentionné ici correspond au seuil de publication des DECP. Il ne faut pas le confondre avec le seuil de dispense de publicité et de mise en concurrence, qui est passé à 60 000 € HT depuis le 1er avril 2026. Ce sont deux seuils distincts.
En clair, le montant réel de la commande publique française est bien supérieur à 233 milliards.
D'ailleurs, la Cour des comptes européenne avance le chiffre de 2 000 milliards d'euros à l'échelle européenne, soit environ 14 % du PIB, sans détailler ses modalités de calcul. La commission d'enquête sénatoriale sur la commande publique, qui s'est tenue au printemps 2025, reprend ce ratio. Si on l'applique au PIB français (environ 2 900 milliards d'euros), on obtient un ordre de grandeur de 400 milliards d'euros pour la commande publique en France, ce qui serait cohérent si on intégrait le montant des concessions.
En résumé : 233 milliards représente le montant *a minima* des marchés publics en France. Le montant de la commande publique (marchés publics + concessions) est plus proche des 400 milliards.

Ce que le rapport ne dit pas
Ce recensement 2024 est une vraie avancée. Mais il faut le lire avec lucidité. Plusieurs zones d'ombre persistent :
- Pas de vision en temps réel. Les chiffres de 2024 sont publiés en mars 2026. Ce décalage de deux ans est lié au retraitement statistique, mais il limite fortement la capacité de pilotage. Quand vous lisez ces données, elles ont déjà deux ans.
- Les concessions sont absentes. Transports, eau, énergie, gestion des déchets : ces contrats représentent des montants considérables et ne figurent pas dans les 233 milliards. C'est un angle mort majeur.
- La qualité des DECP reste inégale. Tous les acheteurs ne publient pas leurs données, ou pas correctement. Le rapport le reconnaît lui-même pour les entités adjudicatrices. Certaines collectivités n'ont ni les outils ni les ressources pour le faire.
- Les marchés sous le seuil passent sous les radars. Tous les marchés inférieurs à 40 000 € HT échappent au recensement, sauf publication volontaire. Or ces "petits" marchés représentent un volume d'activité réel, notamment pour les TPE et PME locales.
- Les montants des accords-cadres sont estimatifs. Pour une part significative des marchés, le montant déclaré est une estimation, pas une dépense constatée. Cela introduit une marge d'incertitude dans le total.
Ne boudons pas le progrès : ce rapport est le plus complet jamais publié. Mais gardez en tête que 233 milliards, c'est un plancher, pas un plafond. Et que certains pans entiers de l'achat public restent dans l'ombre.
Maintenant que le cadre est posé, voyons qui dépense cet argent.
Structure de l'achat : la part du bloc communal
Qui dépense cet argent ? La commande publique française est largement décentralisée. Voici la répartition par catégorie d'acheteur, selon le rapport OECP 2024 :
Un point important : le nombre de marchés ne suit pas du tout la même répartition que les montants. Le secteur public local concentre 71 % du nombre de marchés (159 435 sur 223 383), mais "seulement" 43 % du montant.
À l'inverse, l'État représente 31 % du montant avec seulement 14 % des marchés en nombre ; ce sont des marchés moins nombreux mais beaucoup plus gros (défense, numérique, transports).

⚠️ Attention sur les "autres acheteurs" : le montant de 17,5 Mds€ est à prendre avec prudence. Le rapport signale que certaines entités adjudicatrices ont rencontré des difficultés techniques pour transmettre leurs données en open data. Le chiffre réel est probablement supérieur.
Au sein du secteur public local, les communes et communes nouvelles pèsent 34 % du montant, suivies des départements (10 %), des communautés d'agglomération (9 %), des syndicats mixtes fermés (7 %) et des métropoles (6 %).
Autrement dit, le bloc communal (communes et intercommunalités) concentre une part considérable de la commande publique locale. Cela signifie que près de 30 % de la commande publique nationale dépend directement des décisions des maires et des présidents d'intercommunalités.
Ce constat a une conséquence directe pour les entreprises qui répondent aux appels d'offres : les mairies et intercommunalités sont un vivier majeur de marchés. Mais ce n'est pas le seul. Voyons comment se répartissent les types d'achats.
Répartition des achats par secteur : travaux, services, fournitures
Les marchés publics se répartissent en trois grandes catégories. La répartition varie fortement selon le type d'acheteur.
Le détail par acheteur :
Quelques observations :
- Le ratio entre le nombre de marchés et leur montant varie beaucoup. Par exemple, les travaux représentent 46 % des marchés en nombre dans le secteur public local, mais seulement 38 % en montant. Les fournitures, à l'inverse, peuvent peser peu en nombre mais lourd en montant : chez les "autres acheteurs", elles ne représentent que 10 % des marchés mais 42 % du montant.
- Le secteur public local, c'est avant tout des travaux et des services. Si vous êtes dans le BTP, la maintenance ou les VRD, c'est votre terrain principal.
- L'État et le secteur hospitalier sont davantage orientés services et fournitures. Les marchés de fournitures hospitalières dominent largement (64 % du montant).
- Les fournitures concentrent une part importante du montant chez l'État (43 %) et les autres acheteurs (42 %), souvent via des marchés de gros volumes passés par des centrales d'achat.
- Le numérique représente seulement 6 % des marchés en nombre, mais 21 % du montant total. Même constat pour les transports et la mobilité : 4 % des marchés, 12 % du montant. Ce sont des marchés peu nombreux mais de montants unitaires élevés.
- À l'inverse, les prestations intellectuelles représentent 16 % des marchés en nombre pour 8 % du montant, donc beaucoup de petits contrats.
Le poids des PME et des start-ups dans la commande publique
Il y a une idée reçue tenace : les PME seraient éloignées de la commande publique. C'est faux.
Les PME sont titulaires de 60 % des marchés publics en 2024. C'est cohérent avec le tissu entrepreneurial français, très largement composé de PME (hors microentreprises). Mais il y a un "mais" : elles ne captent que 25 % du montant total. Les gros marchés vont aux grandes entreprises et aux ETI.
Le détail par acheteur :
Le secteur public local est le plus accessible pour les PME : 63 % des marchés en nombre, 35 % en montant. À l'inverse, au niveau de l'État, les PME décrochent 56 % des marchés mais seulement 15 % du montant ; les gros contrats (défense, numérique, transport) partent vers les grandes entreprises et les ETI.
Et les start-ups ?
Les start-ups sont encore peu représentées : 1,4 % des marchés, pour 3,1 % du montant (7,3 Mds€, 3 138 marchés, 1 075 start-ups identifiées). Mais leur ratio montant/nombre est plus élevé que la moyenne, ce qui traduit des marchés de valeur unitaire importante, concentrés sur le numérique (29 %) et les prestations intellectuelles (26 %). Si vous débutez dans ce domaine, notre article C'est quoi un appel d'offres ? vous donne les bases pour comprendre le fonctionnement de ces marchés.
Le poids des centrales d'achat
Les centrales d'achat jouent un rôle structurant dans la commande publique. Le rapport met en avant quelques-unes des principales centrales. Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive, mais celles-ci donnent une bonne idée des volumes en jeu.
Côté État :
L'UGAP concentre à elle seule 86 % du montant des centrales d'achat de l'État, avec seulement 274 marchés. Cela illustre que les marchés passés par les centrales d'achat, dont l'UGAP, sont très volumineux et que seules des entreprises importantes peuvent être titulaires de premier rang. À noter : le rapport classe l'UGAP parmi les centrales de l'État, ce qui est exact juridiquement, mais dans les faits l'UGAP peut acheter pour l'ensemble des acheteurs publics, collectivités et hôpitaux compris.
Côté hospitalier :
Le RESAH domine très largement le secteur hospitalier : 88 % des marchés en nombre, 92 % en montant. Ce poids s'explique par la nature même des achats hospitaliers : médicaments, dispositifs médicaux, équipements de laboratoire, matériel d'imagerie… Ce sont des fournitures standardisées, achetées par des centaines d'établissements aux besoins similaires. La mutualisation via une centrale permet de massifier les volumes pour négocier les prix, mais aussi d'apporter une expertise achat que beaucoup d'hôpitaux n'ont pas en interne, surtout les plus petits. Le périmètre du RESAH est d'ailleurs large : il couvre non seulement les CH et CHU, mais aussi les EHPAD publics et les établissements médico-sociaux.
Ce qu'il faut comprendre : si vous répondez à des marchés hospitaliers ou à des marchés de fournitures pour l'État, il y a de fortes chances que vous passiez par une centrale d'achat. Cela a un impact direct sur la façon dont vous structurez vos réponses et votre stratégie commerciale.
Les procédures de passation : comment les acheteurs achètent
Le rapport donne un éclairage intéressant sur les procédures utilisées :
La procédure adaptée (MAPA) représente plus de la moitié des marchés. C'est la procédure la plus souple, celle où l'acheteur dispose de la plus grande liberté d'organisation. Pour les entreprises, c'est souvent le point d'entrée le plus accessible.
Autre donnée : 41 % des marchés sont passés sous forme d'accord-cadre, et ces accords-cadres représentent 74 % du montant total. Autrement dit, une part considérable de la commande publique passe par des marchés à bons de commande ou à marchés subséquents, avec des durées longues et des montants importants, mais non déterminés avec exactitude (même si un accord-cadre comporte toujours un maximum en durée et en montant). Pour comprendre en détail comment s'articulent ces différentes procédures, consultez notre Guide des procédures de marchés publics.
Perspectives 2025 et 2026 : l'impact électoral et budgétaire
Peut-on en conclure que le montant pour 2025 sera similaire, en baisse ou en hausse par rapport à 2024 ?
Ce recensement pour 2024 marque l'an 1 pour le pilotage de la donnée de la commande publique. Pour la première fois, nous avons de réelles explications sur la base de calcul et le détail des chiffres. Par le passé, les chiffres publiés par le Ministère de l'Économie et des Finances ont pu fluctuer, sans raison claire avancée, mais avec des interprétations possibles.
Par exemple, compte tenu du poids du bloc communal et intercommunal dans la commande publique, les années d'élections municipales marquent un ralentissement de la commande publique, avant de connaître un rebond l'année suivante, les projets d'investissements ayant été mis au budget.
D'autres facteurs ont un effet sur le montant de la commande publique, certains à la hausse :
- L'inflation, de façon mécanique, renchérit le coût des marchés
- Les enjeux liés au numérique, à la décarbonation, mais aussi la recherche d'une souveraineté
- La tendance à l'externalisation des compétences détenues par les acteurs publics
D'autres à la baisse :
- Les incertitudes budgétaires qui ont miné certains programmes d'investissement comme le Fonds vert et nécessitent des arbitrages
- Les arbitrages budgétaires, notamment en raison de l'inflation : si le coût de certains marchés augmente, les acheteurs publics sont parfois contraints de revoir leurs priorités ou de réduire le périmètre de certaines consultations
Néanmoins, la commande publique connaît une certaine résilience. Malgré tout, il faut faire fonctionner l'État et les services publics, et les programmes d'investissement ont pour but de lancer une impulsion économique.
Implications stratégiques pour les entreprises
Ne subissez pas le cycle, utilisez-le pour adapter votre approche commerciale.
En 2026 : consolidez vos positions. Le bloc communal ralentit, c'est mécanique. Si vous le pouvez, tournez-vous vers les autres acheteurs : hôpitaux, État, départements, régions. C'est aussi le moment idéal pour revoir vos trames de réponse et structurer vos process.
Dès 2027 : soyez prêt pour la relance. Les nouveaux mandats municipaux s'accompagnent toujours d'une reprise des investissements et des projets. Les entreprises qui auront préparé leurs outils et clarifié leur méthode seront les mieux placées.
Votre checklist 2026 :
- Diversifiez vos cibles. Ne dépendez pas uniquement des mairies. Les accords-cadres des hôpitaux, des départements, des régions et de l'État représentent des opportunités à ne pas négliger.
- Structurez vos réponses. C'est le bon moment pour apprendre à structurer un mémoire technique clair et à sécuriser vos candidatures. Les entreprises qui savent répondre avec méthode font la différence, pas en "gagnant à coup sûr", mais en mettant toutes vos chances de côté.
- Anticipez 2027. Les premiers budgets des communes et intercommunalités seront primordiaux. Soyez proactif et abordez en priorité les structures qui ont des priorités locales en cohérence avec votre offre de valeur.
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🎓 Aller plus loin
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